Fête de la musique
Jeudi, mai 2nd, 2013Bonjour à tous,
Aujourd’hui on vient de tomber sur l’affiche de la fête de musique (c’était sur graphism.fr). Peut-être qu’on ne va pas trop pousser l’analyse technique ou sémantique parce que vous êtes largement en mesure de comprendre ce qui ne nous intéressent pas dans cette image et ce qui sont à nos yeux des erreurs. Brièvement malgré tout : un texte mal géré et déformé, des logos et un QR code posés là comme un cheveu sur la soupe, et l’utilisation d’un visage — pourquoi un cri de colère ? — sortie d’une banque d’image qui nous font penser, peut-être à tort, que les auteurs ne se sont pas foulés. Ou c’est qu’ils n’ont pas eu de temps pour le réaliser. Ou les deux.

En dehors de la qualité plastique de l’image, que chacun jugera à son bon plaisir, c’est plutôt tout le contexte de la commande qui nous pose problème.
En mars, nous recevions un courrier de la part des trois ateliers de graphisme préselectionnés pour réaliser cette affiche : Vincent Perrottet, Graphéine Paris et CL design. Ce courrier dénonçait les conditions de leur mise en concurrence et notamment la non-rémunération des travaux non-retenus. Le résultat étant censé être rendu quelques jours plus tard, le ministère à dut trouver une solution de repli rapide. C’est visiblement plus simple que de répondre à des conditions de travail décentes.
La lettre en question :
Et pourtant ! « Je souhaite en effet que ce ministère soit le ministère des professions de la création et je mets au premier rangs de mes priorités toutes les questions relatives à l’exercice de ces professions en particulier la rémunération des créateurs. » C’est en ces termes que la ministre s’était exprimée quelques mois plus tôt dans un courrier adressé à la profession. Serait-ce là une simple esquive réthorique, une parole n’engageant que celui qui l’écoute ? Si tel est le cas, nous la considérons comme grave puisqu’elle nous autorise sérieusement à douter de la sincérité de la parole publique.
D’autre part, il faut sans doute préciser que la charge de la commande de ces affiches à changée il y a peu. Prérogative du Centre national des arts plastiques (qui s’occupe, entre autres, du champs du graphisme pour le compte du ministère de la culture et de la communication) elle est passée directement sous la régie dudit ministère, avec a priori, une équipe ne tenant pas compte des connaissances et savoirs acquis par le Cnap dans le champs du graphisme. (cf. la lettre présentée ci-dessus)
Nous ne connaissons pas les motifs de ce changement.
Enfin, nous voudrions mettre cette récente affiche en perspective avec une autre prise de parole de la ministre dans le cadre de la biennale du design de St-Étienne :
« C’est aussi pourquoi je suis particulièrement touchée par le thème que vous avez retenu, chère Elsa Francès, pour cette édition 2013 de la Biennale du Design de Saint-Etienne : l’empathie ou l’expérience de l’autre. Cela nous dit d’emblée beaucoup sur le design, son rôle, sa place dans notre société. Alors que trop souvent encore on laisse au design la seule place du bel objet, vous allez montrer que le design peut être partout, dans tous les secteurs, dans toutes les activités de la société parce qu’il n’intègre pas seulement une valeur esthétique mais parce qu’il recouvre aussi une utilité sociale. Dans l’habitat, dans l’espace public, dans les transports, dans la santé…le design peut être décliné dans toutes les composantes d’un territoire et contribuer à l’amélioration du cadre de vie de ses habitants. Être plus sensible et attentif à l’autre, comprendre les sentiments et les émotions de l’autre, pour développer de nouveaux usages et mieux répondre à ses besoins et à ses sens.
L’empathie par le design, donc l’empathie par la dimension culturelle, car c’est aussi cela, le projet culturel de la Nation, celui d’une plus grande empathie, d’une plus grande attention à l’autre, à tous les autres.
Pour toutes ces raisons, parce que le design est l’exemple entre tous de l’alliance fructueuse de la culture et de l’économie, de ce redressement créatif au sein du redressement productif, j’ai décidé de donner une place plus importante au design au sein du ministère de la Culture et de la Communication. »
L’empathie, le mot est porté en étendard. Seulement, voyant comment l’État à géré concomitamment la commande de l’affiche de la Fête de la musique, nous doutons une fois de plus de la sincérité de cette prise de position. Mais c’est aussi le peu d’exigence portée sur la qualité de cette image qui nous parait répréhensible. Alors même qu’elle sera diffusée dans toute les rues de France et de Navarre et qu’à peu près tout les citoyens la verront.
À tout le moins, si la formule est sincère — soyons naïf, supposons le — le sens que l’État donne au mot empathie doit être sensiblement différent de celui que nous lui donnons.
Vous l’aurez devinés, on est pas très content.
Ah et tout le discours de Mme A. Filipetti à St Étienne est sur le site du ministère.






























































