Mardi, il fait toujours beau et pas trop froid, donc on profite un max. Vu que le soleil va pas tarder à se cacher et que les terrasses vont sacrément fraîchir on s’est dit qu’un peu de lecture ne ferai pas de mal.
On a vu, comme tous ceux qui lisent un peu le site d’Étapes:, qu’une série d’images venaient de sortir pour soutenir la paix en Syrie. Cette initiative du collectif Ne rougissez pas ! est exposée sur un site internet dédié (Aux armes citoyens !). En dessous, quelques-unes des images.
« AUX ARMES CITOYENS ! est un appel à projets d’affiches pour la paix en Syrie, initié par l’association Ne Rougissez Pas !.
Sensibles au contexte dramatique en Syrie, nous avons décidé de partager notre envie d’agir à d’autres créateurs d’images.
Les images et nos outils sont nos armes, défendons les droits humains et mobilisons-nous contre le massacre du peuple syrien !
La communauté internationale peut fermer les yeux, pas nous ! »
Pour être franc on se pose quelques questions sur l’intérêt de cette proposition. Attention ! On ne lui veut aucun mal et on souhaite que notre scepticisme soit mis en défaut. Mais on se demande avec sincérité quel en est l’objectif.
Dans un texte paru dans Étapes: en mai 2005, Alex Jordan énonçait sans doute celui-ci :
« Mais [le graphisme] n’est pas moins utile quand il aide à donner du grain à moudre pour la pensée, qu’elle soit collective ou individuelle. Quand il aide, par exemple, à rendre des questions ‹ d’urgence publique › visibles. »
Pourtant, la question qui se pose ici est : Est-ce que ces images diffusée sur internet permettent de rendre vraiment visible l’urgence de la situation Syrienne ? Peut-on, de cette manière, avoir une prise sur ce qu’il s’y passe ?
Pour le moins, Étapes: en diffusant cela, aura permis à quelques milliers d’internautes intéressés par le monde de l’image de se souvenir qu’en Syrie, la situation est dramatique. Mais ensuite ? Cela peut-il amener les pouvoir publics Français à s’engager plus fermement sur la question ? Probablement pas, et ce n’est d’ailleurs sans doute pas le but recherché.
Mais alors quel est-il s’il n’est pas d’interpeller le pouvoir public, de faire pression sur celui-ci ? N’y a-t-il pas là l’illusion de proposer un moyen pour se sentir actif ? Tout comme on va acheter sa tablette de chocolat max avelar en supermarché pour se donner bonne conscience. N’y a-t-il pas là l’échappatoire parfait pour se donner le sentiment d’avoir fait quelque chose malgré l’inefficacité de l’acte ? Si tel est le cas, il nous apparaît évident que ce n’est pas là un phénomène conscient. Nous ne saurions taxer les participants d’hypocrites ! Pourtant nous nous interrogeons sur le caractère efficace de cette proposition.
Nous considérons que l’acte politique ne peut pas se permettre de n’être que symbolique, car le symbole ne détrône pas, il ne fait que rassurer parce qu’il donne sentiment d’agir.
Toutefois, dans l’appel à projet il est demandé aux participants — dont vous pouvez faire partie, ce n’est pas fermé —, il leur est demandé donc, de fournir fichiers écrans et imprimables. On peut donc s’attendre à ce que ces affiches soit imprimées, pour une exposition itinérante nous dit-on. Mais pourquoi ne pas chercher à donner ces images à la rue, à ne pas les contenir dans des lieux d’exposition qui la rendront d’office relativement confidentielle ? Cela ne permettrait-il pas à tout les citoyens de s’approprier ces soutiens aux Syriens, et par là même à faire, d’office, une forme de pression civile, même relative, sur le gouvernement ? Participant ainsi aux diverses interpellations qui le conduiront à prendre partie de façon plus tranchée ? (En effet, nous n’avons aucune foi en l’idée qu’une image seule peut faire changer les choses, mais elle peut participer, aux cotés d’autres actions, à favoriser un climat qui obligera la prise de position.)
Évidemment, un collage massif sur l’ensemble du pays, nécessite probablement un budget d’impression qui est tout autre. Quoi que. Il serait largement envisageable de n’imprimer qu’un certain nombre des images, aux vues de la redondance de celles proposées. (On n’est pas forcément convaincus par la naïveté de certaines propositions du genre : La guerre c’est mal, la paix c’est mieux. Il ne nous semble pas qu’elles participent vraiment à « donner du grain à moudre pour la pensée, qu’elle soit collective ou individuelle. »)
À notre avis, cet acte, peut-être tout aussi « vain », aurait au moins le mérite de tenter de s’adresser à une part plus grande de la population. Et qui sait ? Peut-être que les colleurs se rassembleront de nouveau pour continuer la pression civile d’une d’autre manière (pétitions, projections, tractages, rassemblements, communiqués, etc.). Par ailleurs, cela contribuerait à redonner à la rue sont statut de lieu politique par excellence.
Finalement, il n’y a là qu’une question de diffusion. Et si elle n’est pas plus large, on espère au moins qu’elle ne restera pas Parisiano-parisienne et qu’elle viendra faire un tour en Bretagne.
Demain, on vous mettra en ligne un texte de Ne rougissez pas en réponse à celui-ci. (Oui, on leur a envoyé celui-ci avant de le publier, ce qui nous permettra de vous donner quelques éléments de réponse)
Et pour finir, quelques images :
Pierre Bernard

Ne rougissez pas !


Alain Le Quernec

Jean Julien

Diane Boivin
